Homélie du Dimanche de Pâques

Homélie du Dimanche de Pâques

Homélie de la messe de 11h30 par le P. Mustapha Amari

Homélie du dimanche de Pâques 5 avril 2026 – Paroisse Saint Justin
(transcription de l’homélie dite à 11h30 par le P. Mustapha)

Le Mystère du Linge Plié

Est-ce qu’avant de partir, vous avez pris le temps de bien plier vêtements et torchons ?

Je vous pose la question parce que ça pourrait être le signe que vous êtes des ressuscités. Savoir plier votre linge et ne pas le déléguer à votre voisine, d’accord ?

Pourquoi est-ce que je vous dis ça ? Nous sommes dimanche de Pâques, nous sommes là pour célébrer le Christ ressuscité et l’évangéliste qui a l’espace de quelques lignes pour nous annoncer cette grande nouvelle en consacre un quart pour nous raconter tel linge plié ici, tel autre linge seul roulé par là. Mais qu’est-ce que ça veut dire ?


Un Tombeau Sans Cambriolage

Eh bien voilà, c’est simple. On pourrait croire que l’histoire de Jésus, celui que nous aimons, notre Seigneur, celui qui fait que nous nous levons le dimanche matin alors que peut-être c’était un peu difficile, qu’en fait, quand même, au bout, il a juste un peu disparu. On l’a enlevé, on l’a kidnappé.

Et cette histoire de linge plié est là pour nous dire qu’il n’est pas parti à la va-vite. Comprenez, au début, Jésus est mort, on l’enferme dans un tombeau, il ne peut pas sortir tout seul, on est d’accord. Mais là, il n’y a plus personne.

Mais si vous vous kidnappez un corps, est-ce que vous prenez le temps de déballer tranquillement le corps de ce linceul, puis de plier le linge et de rouler tranquillement à sa place, chaque chose, puis hop, hop, hop, on se dépêche ? Non, non.

Si vous faites cambrioler, généralement, c’est le bazar quand vous rentrez chez vous. Et bien là, la scène que nous décrit saint Jean, c’est exactement pour nous dire qu’il n’y a pas eu de cambriolage.


Jésus Prend Son Temps

Ce qu’il s’est passé dans le mystère de la nuit, de samedi à dimanche, ce n’est pas quelque chose qui a eu lieu à l’improviste.

Ce linge plié, ce linceul enroulé, ça nous dit que Jésus était le maître. Il a pris son temps. Réveillé de la mort par l’amour de son Père, il ne subit plus les choses.

Jésus est là. Ce linge plié en train de nous dire, non, non, on n’a pas enlevé le corps. Jésus a pris le temps de faire le ménage du tombeau avant de sortir. Ce n’est pas un détail, les amis.

« Si Jésus prend le temps de faire le ménage dans le tombeau avant de sortir, ça veut dire qu’il ne va jamais nous guérir, nous sauver, nous pardonner à la ravite. Notre ressuscité fait le ménage dans nos tombeaux. »


Le Signal de la Serviette

Et puis il y a une petite histoire juive, je ne sais pas au point de vue historique, mais en tout cas, on raconte qu’une des traditions juives à l’époque, quand on invitait un rabbin ou quelqu’un d’important à la maison, à la fin du repas, la personne pouvait décider soit de laisser sa serviette un peu en bazar sur la table, et c’était un peu le signe de, ok, c’était sympa le repas, mais je ne reviendrai pas. Une façon polie de me dire merci pour l’invitation.

Mais si l’invité prenait soin de bien plier sa serviette et de la poser à côté de l’assiette, cela voulait dire, je reviendrai. C’était bon. Attendez-vous à me revoir.

Petit détail qui nous dit que là, Jésus laisse un petit signal. Je reviendrai. C’est là que je pliais les amis. C’est que ce repas de Pâques que nous avons fait ensemble n’est pas le dernier.


L’Icône de la Résurrection : Pris par les Poignets

Vous voyez cette image de la résurrection ? Je me suis dit peut-être que ça vaudrait le coup ce dimanche de vous en donner quelques indications juste pour apprendre à lire une icône. C’est une icône francophone, mais faite dans le style byzantin. Jésus en blanc, la résurrection.

Vous vous dites, mais qui sont ces deux personnages à côté de lui ? Eh bien, ce sont Adam et Ève. Adam représenté comme un vieillard. Il représente l’humanité vieillie par la mort, par le péché, par le désespoir d’un salut qui ne viendrait pas.

Et quand vous regardez bien, en fait, Jésus ne leur prend pas la main, il leur prend les poignets. Au fond, il nous montre qu’Adam et Ève sont épuisés, sont fatigués par la mort, par la condamnation, par l’abandon. Ou qu’en tout cas, notre humanité ne peut se sauver par elle-même. Et n’a pas besoin de se sauver par elle-même.

Ce que nous montre cette icône, c’est que c’est Jésus qui prend l’initiative. Et c’est Jésus qui tire de toute sa force et de toute sa tendresse. Puis on aperçoit Jean-Baptiste. Jean-Baptiste qui est le dernier des prophètes à avoir annoncé la venue.

Mais hier, en célébrant les baptêmes, nous avons aussi pu comprendre que le baptême est ce qui nous associe au ressuscité. Si vous avez été baptisé un jour, alors vous avez été associé à cette vie du ressuscité au milieu.


Fracasser les Portes de nos Enfers

Et au caisse Jésus, on ne voit pas très bien, mais en fait, ce qu’il y a, ce sont des portes. Jésus est en train d’écraser les portes des enfers. Et c’est ce qui est beau dans cette icône de la résurrection, c’est que parfois, en faisant une théologie un peu trop rapide, on peut croire que la résurrection s’est montée très vite au ciel. C’est une histoire de Dieu dans les nuages, tout va bien pour lui. Et puis moi, j’essaie de le suivre de dimanche en dimanche.

« Mais non, la résurrection, c’est la descente aux enfers, pour relever tout le monde avec lui. La résurrection, ce n’est pas juste Jésus dans de beaux vêtements blancs, c’est Jésus qui fracasse toutes les portes de nos enfers pour nous y relever et nous faire remonter avec lui. »

Voilà la résurrection. Alors je ne sais pas s’il a laissé le linge plié en bas, mais en tout cas, c’est le désir de Dieu de nous relever. Dieu veut faire le ménage, Dieu veut faire les choses bien.


Devenir des Marie-Madeleine Aujourd’hui

Et puis je vais terminer simplement parce que vous avez tous reçu un journal de la résurrection sur votre chaise. Ne vous y méprenez pas, nous ne sommes pas au théâtre. Vous n’avez pas reçu une programmation littéraire pour simplement être spectateur de la résurrection. C’est tout le contraire.

La résurrection, c’est une bonne nouvelle à partager. Mais qui sont les Marie-Madeleine aujourd’hui ? Qui sont ces personnes qui, malgré la frousse au ventre, la détresse au cœur, sont capables de courir pour dire aux autres, il est ressuscité, ait confiance, il est vivant. Tu n’as pas besoin de désespérer, tu n’as pas besoin de t’épuiser à tout faire par tes propres forces, de chercher à plaire. Il est là, il t’attend.

Est-ce que nous pouvons être des Marie-Madeleine et oser partager simplement qu’il y a un sauveur, qu’il y a quelqu’un qui nous aime ?


L’Humour comme Porte vers l’Amour

Et donc, le journal que vous avez reçu, vous pouvez en garder un pour vous, mais c’est surtout, est-ce que vous pouvez le partager avec quelqu’un ? Il y a surtout beaucoup d’humour, pour ne pas donner l’impression que vous donnez de la propagande. On se connaît les catholiques, il ne faudrait pas être trop audacieux.

Mais pour dire, en ce moment, c’est jour de joie, c’est jour de fête. La résurrection, c’est la joie pour nous de dire que Dieu nous aime tellement qu’il donne sa vie. Et je te partage humblement un peu de cette fête.

« On peut commencer toujours avec un peu d’humour, pour ouvrir la porte à beaucoup d’amour. »

Je vous souhaite de belles fêtes de Pâques. Je vous souhaite de vous laisser prendre la main par le ressuscité. Et de laisser Dieu vous relever pour tous les lieux où vous êtes un peu à genoux ou à terre.