Commentaire d’évangile

Commentaire d’évangile

Dimanche 12 février 2023

6ème dimanche ordinaire

Évangile selon St Matthieu 5 17-37

Commentaire

Le ministère public de Jésus et sa prédication commencent dans l’évangile de Matthieu par ce que nous nommons « le sermon sur la montagne ». Dans la Bible, la montagne est le lieu où Dieu communique aux hommes sa volonté explicitée dans les commandements. Aux disciples réunis autour de Lui, Jésus rappelle les principales lois, indispensables à la vie en société : « Vous avez appris », données par Dieu à Moïse sur le mont Sinaï. Au cours des siècles, les rabbins avaient approfondi et multiplié les préceptes que l’on devait appliquer sous peine de sanctions, et ce légalisme avait fait perdre le sens de la Loi. « Eh bien ! Moi je vous dis » affirme Jésus. Ces formules scandent et introduisent les exemples donnés par le Christ pour rappeler le sens profond des commandements.

Ces versets restent aujourd’hui d’actualité et répondent à la question : Comment envisager l’existence chrétienne ?

La mission de Jésus : v 17-20

Dès le v 17 Jésus nous rappelle quelle est sa mission : « Je ne suis pas venu pour abolir, mais accomplir ». Nous connaissons la volonté divine à travers sa Loi donnée à Moïse. Jésus s’inscrit dans cette continuité : il vient l’accomplir. Il est venu nous enseigner comment entrer « dans le royaume des cieux », c’est à dire comment vivre dans l’amour divin, en harmonie avec Dieu et avec nos frères humains. Notre vie doit être conforme à ce que Dieu attend de nous, et donc doit être en cohérence avec ses commandements.

 La condition en est donnée au v. 20 : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux ». En Jésus, la volonté divine trouve sa pleine et totale réalisation. Sa vie exemplaire, entièrement tournée vers le Père, pleinement ajustée à sa volonté, accomplit totalement la justice divine. Loi et justice vont de pair. En Jésus se manifestent la continuité de la Loi ancienne et son accomplissement. Lui seul peut en rappeler et en approfondir le sens. Aucun commandement n’est superflu  ou ne doit être négligé : le mépris du plus infime v. 19 sera sanctionné par l’attribution d’une place dérisoire dans le Royaume . L’obéissance à la Loi doit être totale. Dieu honorera celui qui n’aura méprisé aucune de ses moindres exigences.

Que signifie pratiquer la justice ?

Jésus n’en donne aucune définition, mais à partir d’exemples concrets, il nous indique comment nous ajuster à la volonté divine, comment être juste aux yeux de Dieu. La loi définit ce qui est autorisé ou interdit, bien ou mal. Le jugement humain sanctionne le passage à l’acte, qu’il s’agisse d’un meurtre, d’un adultère ou d’un faux serment. L’obéissance à la loi peut s’accompagner d’une indifférence du cœur. Pour Jésus, il ne s’agit plus simplement de juger de la matérialité des actes, mais de juger de l’intention du cœur. Il ne s’agit plus d’une obéissance extérieure. Le critère essentiel n’est plus la loi écrite, mais l’amour exigeant de Dieu qui est la source de toute justice.

« Moi je vous dis »

Cette expression a un effet libérateur qui rompt avec le carcan des lois dogmatiques à appliquer à la lettre, que même les scribes et les pharisiens n’arrivent pas à observer fidèlement v.20. Saint Paul l’a bien compris dans son épitre aux Romain, lorsqu’il affirme que nul ne peut être sauvé par la loi. En effet, personne ne peut l’accomplir totalement. Jésus nous fait entrer dans une autre logique. Il ne se place pas sous l’autorité de la loi mais en face d’elle. Il récuse autant une observance accommodante qu’une observance scrupuleuse et tatillonne, pour changer totalement notre rapport à la loi : elle est inséparable de notre foi, de notre obéissance à la volonté d’amour divin.

Pour aimer Dieu en vérité, il est indispensable d’aimer son prochain. Il ne s’agit plus simplement d’obéir aux commandements, mais d’aller au plus profond de notre cœur : quelles sont les intentions et les orientations de notre cœur qui sont à la source de nos actes ?

Les v. 21 à 26 indiquent l’idéal vers lequel nous devons tendre. Il est important de discerner les vraies racines du mal qui tuent les relations humaines. C’est à travers la qualité de nos relations fraternelles, plus importante que les sacrifices du culte v. 23-26 par exemple, que nous pouvons discerner notre ouverture à la justice divine.

v. 29-30 : Il faut tenir compte du langage imagé utilisé : si nous prenions ces paroles à la lettres, les disciples de Jésus, les chrétiens, seraient un peuple de manchots et de borgnes. Ce n’est pas tel ou tel membre qui est important, mais le cœur d’où jaillissent le bien et le mal. Il s’agit de tenter de répondre du mieux qu’on peut, avec l’aide du Christ, à l’appel de l’Amour divin.

De même, v 33-37  il dénonce l’hypocrisie de se servir du nom de Dieu pour cacher un mensonge. Par ailleurs, comment jurer sur notre propre tête v. 36, alors que la vie échappe à notre pouvoir et n’appartient qu’à Dieu ?

Au lieu de multiplier les serments, il faut simplement dire « oui » ou « non ». On ne triche pas. Notre cœur doit être assez droit pour qu’on nous croie sur parole. La relation avec le frère doit refléter notre relation à Dieu.

Conclusion :

Le Christ nous exhorte à prendre le risque de la foi vécue à sa suite. L’amour divin qui nous libère de la loi nous rend responsables de nos actes et de nos prises de décisions. Nous sommes parfois confrontés à faire des choix exigeants, tiraillés entre les valeurs du monde (l’argent, le pouvoir, la réussite matérielle) et la suite du Christ qui impose de « lâcher prise » d’agir en vérité, en conformité avec notre foi. L’urgence de la réconciliation, de l’amour fraternel doit l’emporter car notre relation à Dieu s’inscrit et se vérifie dans la relation que nous entretenons avec notre prochain.

« Dieu est amour

Qui demeure dans l’amour

Demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. »

1 Jean 4,16

Texte de Matthieu 5, 17-37

17 En ces temps là, Jésus disait à ses disciples : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.

18 Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise.

19 Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux.

20 Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.

21 « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement.

22 Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu.

23 Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,

24 laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.

25 Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison.

26 Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou.

27 Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère.

28 Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur.

29 Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne.

30 Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier qui s’en aille dans la géhenne.

31 Il a été dit également : Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation.

32 Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère.

33 Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur.

34 Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu,

35 ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi.

36 Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir.

37 Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais. »